Des itinéraires dans l'Holocauste

Partir – Fuir les nazis

J’ai attendu jusqu’à maintenant, mais à présent, le temps est compté.

– Paul Engel

Pour beaucoup, l’itinéraire dans l’Holocauste a commencé bien avant que la Conférence de Wannsee ne mette en oeuvre la « solution finale de la question juive ». Alors que personne n’aurait pu imaginer le meurtre systématique de millions d’hommes, de femmes et d’enfants, la persécution des années 1930 laissait présager un avenir sombre pour les Juifs d’Europe. Beaucoup cherchèrent à fuir les mesures toujours plus violentes du parti nazi dans les territoires annexés, et certains tentèrent de trouver refuge dans des terres éloignées, avant même que les nazis n’occupent leur pays.

L’expérience de la fuite conduisirent les individus loin de chez eux, vers des lieux où ils n’avaient généralement pas de famille, où la langue et la culture leur étaient étrangères. Avec des politiques migratoires de plus en plus strictes durant les années 1930, de nombreuses familles juives atteignirent des destinations qu’elles n’auraient jamais imaginé visiter un jour. Elles étaient les seules destinations accessibles aux Juifs. Paul Engel décrit sa fuite à Shanghai (Chine), qui ne nécessitait pas de visa. Des milliers de familles juives y trouvèrent refuge. Elles y ont également rencontré des épreuves, vécu avec des ressources limitées et fait face à l’inconnu. Plusieurs milliers d’autres cherchèrent des attaches familiales sous d’autres latitudes, en Amérique du Nord ou du Sud. John Baer, dont le témoignage peut être visionné ici, raconte le processus qu’il dut suivre pour assurer la sécurité du transfert de sa famille en Amérique latine. 249 témoignages de la collection audiovisuelle de l’USC Shoah Foundation contiennent des récits de la fuite vers la Chine et 428 évoquent celle vers l’Amérique latine.

Tout le monde n’avait pas les moyens de partir pour des terres lointaines, et avec des restrictions sur les déplacements, il fallait bien s’appuyer sur la bienveillance d’inconnus, la chance, et tous autres moyens nécessaires pour se rendre dans des territoires plus sûrs. Maurice Blindt décrit son voyage dans la clandestinité, à l’âge de 17 ans, pour Alger (Algérie, France). Il parvint à retrouver une partie des siens. Ce n’était pas souvent le cas - tous ces déplacements conduisirent à d’inévitables séparations familiales. L’itinéraire dans l’Holocauste est plein de ruptures, et dans de nombreux cas comme celui de Maurice, des dizaines d’autres apparaissent comme de douloureux actes de séparation définitive.

La fuite représente le début de mouvements à grande échelle transformant le paysage social de très nombreux pays, et accentuant l’étendue de la diaspora juive. Le moment de la fuite constitue la dernière possibilité d’agir sur le cours des événements que les Juifs et d’autres groupes persécutés avaient sur le chemin les conduisant à l’Holocauste. Alors que les choix étaient limités et incertains, ils pouvaient encore choisir. Le processus de déshumanisation de la déportation leur enlèverait bientôt cette illusion.

Leaving Home UNESCO 2014 French

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Leaving Home UNESCO 2014 French

Paul Engel

Language: English

Paul Engel est né le 4 mai 1922 à Vienne (Autriche) dans une famille juive de la classe moyenne. Il a un jeune frère, Robert. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914, son père, Eduard, est mobilisé dans l’armée austro-hongroise. Fait prisonnier de guerre, celui-ci passe six ans en Sibérie à travailler dans une mine de charbon, avant de retrouver sa famille en 1920. À Vienne, Eduard possède une magasin de parfums en gros. Avant la guerre, Paul fréquente une école primaire et entre au lycée du 14ème district de Vienne. Il fréquente la synagogue et fait partie du mouvement de jeunesse du Betar, associé au sionisme révisionniste.

Le 13 mars 1938, au lendemain de l’annexion de Vienne par l’Allemagne, Eduard perd son commerce. Paul, avec d’autres étudiants juifs, est renvoyé du lycée. Son frère Robert part pour la Palestine. Pendant la Nuit de Cristal, le 10 novembre 1938, les nazis pillent le domicile des Engel et arrêtent Eduard. Ayant obtenu un visa d’immigration pour la Chine, il est bientôt libéré et la famille quitte l’Autriche en janvier 1939.

À leur arrivée en Chine, les Engel s’installent à Shanghai et mettent sur pied une usine de bougies et de parfums. Après l’invasion de la Chine par les Japonais en 1943, la famille est emprisonnée dans le ghetto de Hongkew établi pour les réfugiés apatrides à Shanghai par les autorités d’occupation. Le ghetto est libéré à l’arrivée de la « mission américaine de bonne volonté » le 3 septembre 1945.]

Après la libération, les parents d’Eduard retournent à Vienne, alors que Paul, bouleversé par l’Holocauste, poursuit son immigration jusqu’en Australie. Après une courte étape à Vienne où il voit ses parents, Paul arrive à Sidney le 15 septembre 1949 et s’établit dans la vente au détail de vêtements pour homme. Il épouse Eva Stern en 1952 ; le couple a deux enfants et trois petits-enfants.

L’interview a été réalisée le 2 juin 1995 à Sidney (Australie) ; intervieweur : Scott Williams ; vidéaste : Rafael Corday.

  • Paul Engel

    Language: English

    Paul Engel est né le 4 mai 1922 à Vienne (Autriche) dans une famille juive de la classe moyenne. Il a un jeune frère, Robert. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914, son père, Eduard, est mobilisé dans l’armée austro-hongroise. Fait prisonnier de guerre, celui-ci passe six ans en Sibérie à travailler dans une mine de charbon, avant de retrouver sa famille en 1920. À Vienne, Eduard possède une magasin de parfums en gros. Avant la guerre, Paul fréquente une école primaire et entre au lycée du 14ème district de Vienne. Il fréquente la synagogue et fait partie du mouvement de jeunesse du Betar, associé au sionisme révisionniste.

    Le 13 mars 1938, au lendemain de l’annexion de Vienne par l’Allemagne, Eduard perd son commerce. Paul, avec d’autres étudiants juifs, est renvoyé du lycée. Son frère Robert part pour la Palestine. Pendant la Nuit de Cristal, le 10 novembre 1938, les nazis pillent le domicile des Engel et arrêtent Eduard. Ayant obtenu un visa d’immigration pour la Chine, il est bientôt libéré et la famille quitte l’Autriche en janvier 1939.

    À leur arrivée en Chine, les Engel s’installent à Shanghai et mettent sur pied une usine de bougies et de parfums. Après l’invasion de la Chine par les Japonais en 1943, la famille est emprisonnée dans le ghetto de Hongkew établi pour les réfugiés apatrides à Shanghai par les autorités d’occupation. Le ghetto est libéré à l’arrivée de la « mission américaine de bonne volonté » le 3 septembre 1945.]

    Après la libération, les parents d’Eduard retournent à Vienne, alors que Paul, bouleversé par l’Holocauste, poursuit son immigration jusqu’en Australie. Après une courte étape à Vienne où il voit ses parents, Paul arrive à Sidney le 15 septembre 1949 et s’établit dans la vente au détail de vêtements pour homme. Il épouse Eva Stern en 1952 ; le couple a deux enfants et trois petits-enfants.

    L’interview a été réalisée le 2 juin 1995 à Sidney (Australie) ; intervieweur : Scott Williams ; vidéaste : Rafael Corday.

  • Maurice Blindt

    Language: French

    Né le 20 février 1924 à Paris, Maurice Blindt est le fils de Samuel et de Fajga Blindt, tous deux originaires de Pologne. Il a une soeur, Lucia, née en 1919 et un frère, Henri, né en 1926.

    À la veille de la guerre, Lucia quitte la famille pour partir vivre à Alger. Au moment de l‘invasion allemande, en mai 1940, les Blindt fuient la capitale. Ils côtoient la mort lors du mitraillage par les avions ennemis et Fajga en perd la raison. Dispersée au cours de la débâcle, la famille se reconstitue quelques semaines après à Paris. Fajga entre à l’hôpital d’où elle ne ressortira qu’en 1956. À Paris Maurice se livre à des activités de propagande pour le parti communiste clandestin. Après avoir été arrêté en octobre 1941, il part se mettre à l’abri dans le Sud de la France. Samuel et Henri seront arrêtés lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver. Déportés à Auschwitz en juillet 1942, ils n’en reviendront pas. Après être parvenu à franchir la ligne de démarcation à Vierzon (Cher), Maurice se rend à Marseille à pied. Il a pour objectif de rejoindre sa soeur à Alger. Le 11 février, Maurice embarque dans la soute du paquebot Sidi Aïssa. Il effectue la traversée caché, accroupi dans un tonneau, et il arrive le 17 février 1942. Au mois de septembre 1942, il est embauché comme opérateur à Radio-Alger. Il s’engage par la suite comme parachutiste pour la durée de la guerre dans les Forces françaises libres. Il opère en Tripolitaine avant d’embarquer sur une flotte qui l’emmène en Écosse. Là, il subit des entraînements militaires jusqu’en juin 1944. Il participe alors au débarquement de Normandie, à la libération de la France et, par la suite, à la campagne de Hollande. Il n’est démobilisé qu’en septembre 1946.

    Rentré à Paris en 1946, Maurice Blindt a retrouvé sa mère, toujours à l’hôpital. Rentrée d’Alger, sa soeur est profondément choquée par la disparition de son père et de son frère, ainsi que par la maladie de sa mère. Elle est emportée par le chagrin. Il garde auprès de lui sa mère qui disparaît en 1981. Soixante-cinq membres de sa famille ont perdu la vie dans les camps d’extermination.

    Maurice Blindt s’est marié et a eu une fille, Arianne. Au moment de l’interview, il avait deux petits-garçons. L’interview a été réalisée le 30 juillet 1997 à Nogent-sur-Marne (France); interviewer : Samuel Grosman; vidéaste: Guy Elkrief.

  • John Baer

    Language: English

    John Baer est né le 26 avril 1917, à Breslau, en Allemagne (aujourd’hui Wrocław, Pologne), de Bernhard et Marta Baer. Son père est représentant pour des usines de fourrures et de textiles et sa mère possède un magasin de chapeau. John a une soeur aînée, Lilly. Il reçoit son éducation élémentaire et secondaire dans des écoles publiques de Breslau, et fréquente également une école hébraïque.

    Dans les années 1930, la situation s’aggrave pour les Juifs de Breslau. John est l’un des deux seuls Juifs sur 20 000 étudiants qui fréquente alors l’Université de Breslau. Après le pogrom des 9 et 10 novembre 1938 (Nuit de Cristal), il s’enfuit à Berlin, laissant sa famille derrière lui. À Berlin, John apprend que son père a été déporté et tué au camp de concentration de Buchenwald. Déterminé à quitter le pays, John obtient un visa pour le Pérou. À son arrivée à Arequipa, John trouve rapidement un travail de traducteur et cherche à faire venir sa famille. Avec l’aide du fils de son propriétaire péruvien, John obtient une audience auprès du président bolivien, Carlos Quintanilla, qui règle généreusement la question des visas pour lui, sa mère, et sa fiancée, Ursula Boehm, pour qu’ils puissent se rendre à La Paz en 1940.

    Il se marie avec Ursula dès l’arrivée de celle-ci en Bolivie. Vivant modestement, John devient finalement conseiller économique et traducteur au consulat américain en Bolivie. Trois ans après, un ancien ambassadeur américain aide sa famille à émigrer aux États-Unis.

    John, Ursula, leur deux enfants et la mère de John s’installent en fin de compte à Los Angeles. John continue sa formation et entre dans une école de droit. Pratiquant le droit international, John s’établit à son compte comme conseiller juridique pour de nombreux consulats européens à Los Angeles, établissant des liens économiques, sociaux et culturels. Il reçoit les plus hautes distinctions civiles des chefs d’État d’Allemagne, de France, d’Autriche et d’Italie. Au moment de l’interview, John avait quatre petits-enfants.

    L’interview a été réalisée le 14 avril 1996 à Los Angeles (Californie, USA) ; intervieweur : Mark Rothman ; vidéaste : Raul Prado. John Baer est décédé en 2001.