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Édouard Axelrad

Language: French

Dans cet extrait, Édouard Axelrad relate son retour en France et son passage à l’Hôtel Lutetia. Il raconte comment il apprit la mort de sa mère et de son frère. Il parle de la difficulté à reprendre le cours d’une vie normale.

Édouard Axelrad est né à Paris le 10 juin 1918 dans une famille originaire de Roumanie. Il grandit aux côtés de deux frères et d’une sœur dans le VIIème arrondissement de Paris. Le métier de fourreur, exercé par son père, assure à la famille une certaine aisance matérielle. Édouard, qui a fait sa Bar Mitzvah, ne reçoit pas de véritable éducation religieuse. Entré au lycée Janson de Sailly, il en sort après sa philo. Il garde le souvenir de fréquentes bagarres dues aux provocations antisémites. Militant du mouvement socialiste des Faucons rouges, intéressé à la politique, il se souvient du passage chez lui de nombreux visiteurs en provenance d’Allemagne.

En 1938, Édouard Axelrad entre à l’École nationale de la France d’Outre-mer mais il est mobilisé en septembre 1939. Il intègre alors à l’École d’officier d’où il sort en 1940. Affecté dans un bataillon de marche sénégalais au moment de la débâcle française, il ressent une profonde honte et refuse l’armistice en son for intérieur.

Demeuré en zone Sud, Édouard est rejoint par sa mère après que son père est décédé brutalement à Paris d’une crise cardiaque. Début juillet 1941, à Marseille, il entre par le biais d’une ancienne camarade d’études dans un groupe de résistant de la Main d’œuvre immigrée (MOI) avec lequel il participe à des actions de sabotage. Il étudie parallèlement à la faculté d’Aix-en-Provence. Filé par la police, il est arrêté début mars 1944 avec sa mère, son frère cadet et une petite cousine. Interrogé par la police sans que l’on puisse véritablement mettre à jour ses activités résistantes, il est envoyé à la prison des Baumettes.

Transféré en raison de ses origines au camp de Drancy au début du mois de mai, Édouard Axelrad est déporté le 20 mai 1944. Arrivé à Auschwitz, il est mis en quarantaine avant d’être versé dans un Kommando où il effectue des travaux de terrassement, puis dans un Kommando de dessinateurs techniques. Repéré pour ses talents de graphiste, il réalise des dessins pour des SS, ce qui lui assure de meilleures conditions de survie.

En novembre 1944, il est évacué avec son Kommando en train de voyageurs. Arrivé à Berlin, il est acheminé au camp de Sachsenhausen où il effectue des travaux de force.

Il survit aux marches de la mort, en avril 1945, après l’évacuation du camp, et est finalement libéré par l’Armée Rouge. Il rejoint la zone britannique et se voit rapatrier par train à Paris où il arrive en gare du Nord le 28 mai 1945. Il passe par l’hôtel Lutetia, où l’on constate un état de santé correct.

Édouard Axelrad apprend alors le décès de sa mère qui n’a pas survécu à son rapatriement. Quant à son frère, médecin à Bergen-Belsen, il attrape le typhus et décède peu de temps après la libération du camp.

Éprouvant des difficultés à reprendre le cours d’une vie normale, Édouard Axelrad entreprend après la guerre une carrière de diplomate en Extrême-Orient. Père d’une fille née en 1948, il est l’auteur de plusieurs livres dont Le Jaune (JC Lattès, 1988), où il évoque son expérience concentrationnaire sous une forme romanesque.

Édouard Axelrad a été interviewé à Boulogne-Billancourt le 14 février 1997 par Rafael Lewandowski. Le caméraman était Philippe Auliac.