Renée Eskenazi-cnrd2015

Dans cet extrait, Renée Eskenazi raconte comment, après la libération du camp de Theresienstadt, elle a pu faire passer en France, le message avertissant qu’elle était bien en vie, et le tragique quiproquos auquel cette annonce donna lieu.

Renée Eskenazi est née le 31 août 1926 à Paris. Elle est la fille de Fortunée Hikim et de Salvatore Eskenazi, tous deux originaires de Turquie. Elle grandit avec sa sœur Victorine et ses parents dans le XIème arrondissement de Paris. Juifs assimilés, ses parents exercent divers métiers avant de travailler dans la confection. Renée va à l’école jusqu’à l’âge de 12 ans. Elle aide ensuite ses parents à la maison.

Au moment de l’invasion allemande, en mai 1940, la famille tente de rejoindre la Bretagne mais elle est stoppée par l’avance allemande et rentre à Paris. Sous l’Occupation, l’atelier de Salvatore Eskenazi est aryanisé. Face à l’insécurité croissante, ce dernier part se cacher à Nantes. Renée demeure à Paris avec sa mère, enceinte, et sa grand-mère, dans le quartier du Sentier. Les trois femmes déménagent par la suite à Montreuil où réside une sœur de Fortunée Eskenazi.

En octobre 1942, le père de Renée est arrêté dans un train alors qu’il rejoint la capitale. Interné au camp de Drancy, il est déporté à Auschwitz par le convoi du 4 novembre 1942. Le petit frère de Renée et de Victorine, Joseph, naît en 1943. Il est caché en Bourgogne. Renée est arrêtée avec sa sœur, sa mère, sa tante et sa grand-mère à Montreuil, dans la nuit du 22 au 23 juin 1944. Les femmes passent une nuit à la Santé avant d’être envoyées au camp de Drancy, puis déportées à Auschwitz par le convoi du 30 juin 1944.

Après un passage par le camp de quarantaine, Renée est versée dans un Kommando

Elle retrouve brièvement sa mère avant d’être évacuée en wagons à bestiaux, en novembre 1944, au camp de Flossenburg, en Bavière. Là, elle est affectée dans une usine qui produit des pièces détachées pour des moteurs d’avion.

Elle demeure dans ce camp jusqu’en avril 1945 puis elle est envoyée au camp de Theresienstadt. C’est là qu’elle est libérée par les troupes de l’Armée rouge le 8 mai 1945. Prise en charge par les Américains, elle est rapatriée en avion le 1er juin. Elle atterrit à l’aérodrome de Bron (Rhône), demeure quelques jours dans un château où elle reçoit des soins. Elle prend ensuite le train pour Paris et passe par l’hôtel Lutetia. Elle retrouve sa sœur, rentrée quelques jours plus tôt, puis son frère. Renée et Victorine élèvent ensemble leur petit frère Joseph.

D’un mariage, elle a eu une fille, Joëlle, et un fils, Christian. Au moment de l’interview, elle avait trois petits-fils.

L’interview a été réalisée à Paris le 28 septembre 1995. L’intervieweuse était Malka Marcovich.

Language: French