Concours national de la Résistance et de la Déportation - Édition 2014-2015

Édouard Axelrad

Language: French

Dans cet extrait, Édouard Axelrad relate son retour en France et son passage à l’Hôtel Lutetia. Il raconte comment il apprit la mort de sa mère et de son frère. Il parle de la difficulté à reprendre le cours d’une vie normale.

Édouard Axelrad est né à Paris le 10 juin 1918 dans une famille originaire de Roumanie. Il grandit aux côtés de deux frères et d’une sœur dans le VIIème arrondissement de Paris. Le métier de fourreur, exercé par son père, assure à la famille une certaine aisance matérielle. Édouard, qui a fait sa Bar Mitzvah, ne reçoit pas de véritable éducation religieuse. Entré au lycée Janson de Sailly, il en sort après sa philo. Il garde le souvenir de fréquentes bagarres dues aux provocations antisémites. Militant du mouvement socialiste des Faucons rouges, intéressé à la politique, il se souvient du passage chez lui de nombreux visiteurs en provenance d’Allemagne.

En 1938, Édouard Axelrad entre à l’École nationale de la France d’Outre-mer mais il est mobilisé en septembre 1939. Il intègre alors à l’École d’officier d’où il sort en 1940. Affecté dans un bataillon de marche sénégalais au moment de la débâcle française, il ressent une profonde honte et refuse l’armistice en son for intérieur.

Demeuré en zone Sud, Édouard est rejoint par sa mère après que son père est décédé brutalement à Paris d’une crise cardiaque. Début juillet 1941, à Marseille, il entre par le biais d’une ancienne camarade d’études dans un groupe de résistant de la Main d’œuvre immigrée (MOI) avec lequel il participe à des actions de sabotage. Il étudie parallèlement à la faculté d’Aix-en-Provence. Filé par la police, il est arrêté début mars 1944 avec sa mère, son frère cadet et une petite cousine. Interrogé par la police sans que l’on puisse véritablement mettre à jour ses activités résistantes, il est envoyé à la prison des Baumettes.

Transféré en raison de ses origines au camp de Drancy au début du mois de mai, Édouard Axelrad est déporté le 20 mai 1944. Arrivé à Auschwitz, il est mis en quarantaine avant d’être versé dans un Kommando où il effectue des travaux de terrassement, puis dans un Kommando de dessinateurs techniques. Repéré pour ses talents de graphiste, il réalise des dessins pour des SS, ce qui lui assure de meilleures conditions de survie.

En novembre 1944, il est évacué avec son Kommando en train de voyageurs. Arrivé à Berlin, il est acheminé au camp de Sachsenhausen où il effectue des travaux de force.

Il survit aux marches de la mort, en avril 1945, après l’évacuation du camp, et est finalement libéré par l’Armée Rouge. Il rejoint la zone britannique et se voit rapatrier par train à Paris où il arrive en gare du Nord le 28 mai 1945. Il passe par l’hôtel Lutetia, où l’on constate un état de santé correct.

Édouard Axelrad apprend alors le décès de sa mère qui n’a pas survécu à son rapatriement. Quant à son frère, médecin à Bergen-Belsen, il attrape le typhus et décède peu de temps après la libération du camp.

Éprouvant des difficultés à reprendre le cours d’une vie normale, Édouard Axelrad entreprend après la guerre une carrière de diplomate en Extrême-Orient. Père d’une fille née en 1948, il est l’auteur de plusieurs livres dont Le Jaune (JC Lattès, 1988), où il évoque son expérience concentrationnaire sous une forme romanesque.

Édouard Axelrad a été interviewé à Boulogne-Billancourt le 14 février 1997 par Rafael Lewandowski. Le caméraman était Philippe Auliac.

  • Édouard Axelrad

    Language: French

    Dans cet extrait, Édouard Axelrad relate son retour en France et son passage à l’Hôtel Lutetia. Il raconte comment il apprit la mort de sa mère et de son frère. Il parle de la difficulté à reprendre le cours d’une vie normale.

    Édouard Axelrad est né à Paris le 10 juin 1918 dans une famille originaire de Roumanie. Il grandit aux côtés de deux frères et d’une sœur dans le VIIème arrondissement de Paris. Le métier de fourreur, exercé par son père, assure à la famille une certaine aisance matérielle. Édouard, qui a fait sa Bar Mitzvah, ne reçoit pas de véritable éducation religieuse. Entré au lycée Janson de Sailly, il en sort après sa philo. Il garde le souvenir de fréquentes bagarres dues aux provocations antisémites. Militant du mouvement socialiste des Faucons rouges, intéressé à la politique, il se souvient du passage chez lui de nombreux visiteurs en provenance d’Allemagne.

    En 1938, Édouard Axelrad entre à l’École nationale de la France d’Outre-mer mais il est mobilisé en septembre 1939. Il intègre alors à l’École d’officier d’où il sort en 1940. Affecté dans un bataillon de marche sénégalais au moment de la débâcle française, il ressent une profonde honte et refuse l’armistice en son for intérieur.

    Demeuré en zone Sud, Édouard est rejoint par sa mère après que son père est décédé brutalement à Paris d’une crise cardiaque. Début juillet 1941, à Marseille, il entre par le biais d’une ancienne camarade d’études dans un groupe de résistant de la Main d’œuvre immigrée (MOI) avec lequel il participe à des actions de sabotage. Il étudie parallèlement à la faculté d’Aix-en-Provence. Filé par la police, il est arrêté début mars 1944 avec sa mère, son frère cadet et une petite cousine. Interrogé par la police sans que l’on puisse véritablement mettre à jour ses activités résistantes, il est envoyé à la prison des Baumettes.

    Transféré en raison de ses origines au camp de Drancy au début du mois de mai, Édouard Axelrad est déporté le 20 mai 1944. Arrivé à Auschwitz, il est mis en quarantaine avant d’être versé dans un Kommando où il effectue des travaux de terrassement, puis dans un Kommando de dessinateurs techniques. Repéré pour ses talents de graphiste, il réalise des dessins pour des SS, ce qui lui assure de meilleures conditions de survie.

    En novembre 1944, il est évacué avec son Kommando en train de voyageurs. Arrivé à Berlin, il est acheminé au camp de Sachsenhausen où il effectue des travaux de force.

    Il survit aux marches de la mort, en avril 1945, après l’évacuation du camp, et est finalement libéré par l’Armée Rouge. Il rejoint la zone britannique et se voit rapatrier par train à Paris où il arrive en gare du Nord le 28 mai 1945. Il passe par l’hôtel Lutetia, où l’on constate un état de santé correct.

    Édouard Axelrad apprend alors le décès de sa mère qui n’a pas survécu à son rapatriement. Quant à son frère, médecin à Bergen-Belsen, il attrape le typhus et décède peu de temps après la libération du camp.

    Éprouvant des difficultés à reprendre le cours d’une vie normale, Édouard Axelrad entreprend après la guerre une carrière de diplomate en Extrême-Orient. Père d’une fille née en 1948, il est l’auteur de plusieurs livres dont Le Jaune (JC Lattès, 1988), où il évoque son expérience concentrationnaire sous une forme romanesque.

    Édouard Axelrad a été interviewé à Boulogne-Billancourt le 14 février 1997 par Rafael Lewandowski. Le caméraman était Philippe Auliac.

  • Henry Bily

    Language: French

    Dans cet extrait, Henry Bily raconte sa libération, du camp de Dachau jusqu’à sa sortie de l’Hôtel Lutetia.

    Henry Bily est né le 28 juillet 1920 à Paris, dans le XIIème arrondissement. Son père, Samuel Bilsky, est né à Lutotov (Russie) en 1893, sa mère, Sabrina, à Lodz (alors en Russie) en 1899. Henri a un frère et une sœur. Son père, fourreur, est installé dans un atelier 20 rue de Wattignies (XIIème arrondissement, Paris). La famille a peu d’attache avec la religion. Henri et son frère font partie des Éclaireurs israélites de France.

    Après la défaite française, les Bily sont arrêtés par une patrouille allemande à Angoulême, alors qu’ils cherchent à franchir la ligne de démarcation. Ils sont remis en liberté quinze jours plus tard, après un passage devant un tribunal allemand. Ils parviennent finalement à passer en zone Sud, séparément. Un temps à Montauban, les enfants rejoignent les parents, installés à Nice.

    Dans cette ville, Henry rencontre un étudiant qui lui permet de rentrer dans le mouvement de résistance Combat. Il y apprend le maniement des armes et effectue des activités de recrutement, de propagande et de sabotage.

    En 1943, sa famille s’installe dans le village de Clans, au Nord de Nice. Henry demeure à Nice mais il se trouve à leurs côtés, le 23 octobre 1943, au moment où les Allemands, qui viennent de prendre le contrôle de la zone d’occupation italienne, font irruption dans le village et arrêtent 27 juifs. La rafle est menée par Aloïs Brunner. Henry est lui-même arrêté mais il parvient à avertir ses parents qui échappent à l’arrestation. Après un passage par l’Hôtel Excelsior de Nice où se trouve le quartier général allemand, il est transféré au camp de Drancy. En gare de Lyon, il tente vainement de s’échapper. De Drancy, il est déporté le 20 novembre 1943 à destination d’Auschwitz.

    Après quelques semaines de quarantaine, il est dirigé vers le camp de Monowitz-Buna pour effectuer des travaux de terrassement. À Birkenau, il participe à la construction de la voie de chemin de fer (rampe intérieure). Au printemps 1944, il travaille au « Canada », zone de Birkenau où sont triés les effets personnels des déportés arrivés au camp.

    Il est transféré en novembre 1944 au camp de Stuthof, près de la Baltique, puis dans différents camps, à Hailfingen et à Dautmergen. Il est finalement évacué à Dachau, devant l’avance des Alliés. Là, il attrape le typhus et manque de mourir. Il est sauvé par l’arrivée des troupes américaines. Après quelques semaines, Henry est envoyé sur l’île de Reichenau, sur le lac de Constance, où il reçoit des soins. Il est ensuite rapatrié en France par train. Il transite par l’Hôtel Lutetia avant de rentrer chez lui où il retrouve ses parents, ainsi que son frère et sa sœur.

    Dans l’après-guerre, Henry dirige un magasin de vêtement puis met sur pied une affaire de cravate. De deux unions naissent deux fils, Marc, en 1947, et Franck, en 1958.

    Henry Bily a raconté sa déportation dans Destin à part (L’Harmattan, 1995).

    Henry Bily a été interviewé à Nice le 10 juin 1997 par Isabelle Digard.

  • Raphaël Burgel

    Language: French

    Dans cet extrait, Raphaël Burgel raconte son retour en France et l’interrogatoire qu’il a subi, visant à distinguer les vrais déportés d’éventuels collaborateurs.

    Raphaël Burgel est né le 1er décembre 1914 à Tours. Sa famille s’installe à Paris où elle demeure jusqu’en 1927, avant de déménager à Villennes (Seine-et-Oise). Ouvrier métallurgiste, il rejoint la zone non occupée en janvier 1941. Il est arrêté par la police allemande alors qu’il tente de quitter la France pour l’Espagne. Il parvient toutefois à dissimuler ses origines juives et il est déporté en tant que résistant à Buchenwald, en juin 1943. Après un rapide transit par le camp de Maidanek, il est transféré à Auschwitz où il travaille dans une scierie. Le 19 janvier 1945, il participe à la Marche de la mort et rejoint le camp de Mauthausen où il est affecté à l’usine Messerschmitt. Le camp est libéré par les Américains le 5 mai 1945. Raphaël Burgel est rapatrié en avion.

    L’interview a été réalisée le 17 mai 1995 à Villennes-sur-Seine. L’interviewer était Samuel Grosman.

  • Annette Cabelli

    Language: French

    Dans cet extrait, Annette Cabelli raconte comment, libérée par les troupes russes, elle a réussi à rejoindre la zone d’occupation américaine.

    Annette Cabelli est née le 25 avril 1925 à Salonique (Grèce). Son père décède alors qu’elle n’a que quatre ans. Annette a deux frères. Sa mère travaille dans la confection de pantalons pour homme. Alors que ses deux frères fréquentent l’Alliance française, elle suit sa scolarité à l’école hébraïque jusqu’à l’âge de 16 ans. Elle intègre ensuite le lycée grec.

    La famille demeure à Salonique, au moment de la guerre, et connaît l’occupation allemande. En 1942, la situation devient très difficile pour les juifs de la ville, astreints au travail forcé. Les deux frères d’Annette sont emmenés. Demeurée avec sa mère, elle parvient à faire libérer l’un de ses frères contre une somme d’argent. Elle ne reverra jamais son autre frère.

    En 1943, elle doit porter l’étoile. En avril, Annette, sa mère, sa tante et son frère aîné sont contraints de rejoindre le ghetto de la ville où ils demeurent une semaine avant d’être déportés. Après un voyage de huit jours, Annette arrive au camp d’Auschwitz. Sa mère est immédiatement gazée. Annette est mise en quarantaine avant d’être affectée, pour travailler, dans un dispensaire réservé aux détenues polonaises chrétiennes. Elle y côtoie la mort et parvient à échapper aux sélections répétées. Elle y reste jusqu’en avril 1944 avant d’être envoyée dans une usine de munitions, l’Union Werke. Elle y obtient un poste de chef de groupe consistant à contrôler les pièces produites.

    Au moment de l’évacuation du camp, elle effectue la marche de la mort et parvient au camp de Ravensbrück. Sur place, elle se porte volontaire pour travailler et est acheminée au camp de Malchow fin mars-début avril 1945. Après avoir travaillé quelques jours, elle est à nouveau évacuée. Après une nuit passée en forêt, elle se réveille et découvre que les gardes allemands ont disparu. Elle croise les soldats russes le 2 mai et réussit à rejoindre la zone américaine avec quelques camarades de captivité. Là, elle décide de se rendre en France. En zone française, elle rencontre celui qui va devenir son mari, Harry Cabelli, lui aussi déporté. Tous deux arrivent à Paris le 20 mai 1945.

    Elle prend alors conscience de la disparition de tous les membres de sa famille et sombre dans la dépression pendant plusieurs mois.

    Annette et Harry Cabelli ont eu deux filles, Denise et Jacqueline. Au moment de l’interview, ils avaient trois petits-enfants.

    Annette Cabelli a été interviewée à Paris le 4 juillet 1995 par Raymond Reichenbach.

  • Nicole Clarence

    Language: French

    Dans cet extrait, Nicole Clarence raconte son retour en France et son passage au Lutetia. Elle passe ensuite la soirée chez une cousine et relate son expérience concentrationnaire.

    Nicole Clarence est née le 3 août 1922 à Paris de parents juifs français, parfaitement intégrés, et sans tradition religieuse. Au moment de la débâcle française, en juin 1940, la famille part pour le Sud et s’installe à Nice puis à Marseille. Nicole entre alors aux Éclaireurs de France et devient cheftaine de louveteaux. C’est par son implication dans ce mouvement qu’elle entre en résistance. Elle effectue ainsi diverses missions.  Nicole rencontre par la suite Eugène Claudius-Petit, responsable du mouvement Franc-Tireur, lors d’un camp d’été d’art dramatique. Recrutée, elle effectue diverses missions. À Grenoble, elle est arrêtée une première fois par un agent de la Gestapo qui finit par la relâcher. Elle travaille ensuite à Lyon avant de partir se réfugier en Savoie avec ses parents. Là, la famille héberge des opérateurs radios. Par la suite, la famille se disperse.

    Nicole entre en contact avec le réseau Buckmaster «Acolyte» pour lequel elle effectue des actions de sabotages, des transports d’armes et des parachutages. En danger, elle est envoyée à Paris en septembre 1943, où elle travaille pour les Mouvements unis de Résistance (MUR), devenus Mouvement de Libération nationale (MLN) fin 1943. Arrêtée place de Breteuil le 4 août 1944, elle est torturée pendant plusieurs jours à la Gestapo de la rue de la Pompe avant d’être transférée à la prison de Fresnes. Déportée à Ravensbrück par le convoi du 15 août 1944, elle est affectée à un kommando à Schoenefeld, à côté de Leipzig, avec un groupes de Françaises. Travaillant dans une usine, les femmes se livrent à de discrètes actions de sabotage. En avril 1945, le kommando est évacué. Avec huit autres prisonnières, Nicole s’échappe sur la route et finit, après quelques jours d’errance, par rencontrer les troupes américaines. Il lui faudra encore quelques semaines pour atteindre Paris où elle retrouve sa famille, le 21 mai 1945.

    Dans l’après-guerre, Nicole Clarence mène une carrière de journaliste au sein de l’agence Magnum, puis du magazine Elle et du Figaro Madame. Elle se consacre par la suite à la peinture. Nicole Clarence est décédée en 2007.

    L’interview a été réalisée le 16 février 1996 à Paris. L’interviewer était Hélène Lévy-Wand Polak et le caméraman Mark Niedelson.

  • Renée Eskenazi

    Language: French

    Dans cet extrait, Renée Eskenazi raconte comment, après la libération du camp de Theresienstadt, elle a pu faire passer en France, le message avertissant qu’elle était bien en vie, et le tragique quiproquos auquel cette annonce donna lieu.

    Renée Eskenazi est née le 31 août 1926 à Paris. Elle est la fille de Fortunée Hikim et de Salvatore Eskenazi, tous deux originaires de Turquie. Elle grandit avec sa sœur Victorine et ses parents dans le XIème arrondissement de Paris. Juifs assimilés, ses parents exercent divers métiers avant de travailler dans la confection. Renée va à l’école jusqu’à l’âge de 12 ans. Elle aide ensuite ses parents à la maison.

    Au moment de l’invasion allemande, en mai 1940, la famille tente de rejoindre la Bretagne mais elle est stoppée par l’avance allemande et rentre à Paris. Sous l’Occupation, l’atelier de Salvatore Eskenazi est aryanisé. Face à l’insécurité croissante, ce dernier part se cacher à Nantes. Renée demeure à Paris avec sa mère, enceinte, et sa grand-mère, dans le quartier du Sentier. Les trois femmes déménagent par la suite à Montreuil où réside une sœur de Fortunée Eskenazi.

    En octobre 1942, le père de Renée est arrêté dans un train alors qu’il rejoint la capitale. Interné au camp de Drancy, il est déporté à Auschwitz par le convoi du 4 novembre 1942. Le petit frère de Renée et de Victorine, Joseph, naît en 1943. Il est caché en Bourgogne. Renée est arrêtée avec sa sœur, sa mère, sa tante et sa grand-mère à Montreuil, dans la nuit du 22 au 23 juin 1944. Les femmes passent une nuit à la Santé avant d’être envoyées au camp de Drancy, puis déportées à Auschwitz par le convoi du 30 juin 1944.

    Après un passage par le camp de quarantaine, Renée est versée dans un Kommando

    Elle retrouve brièvement sa mère avant d’être évacuée en wagons à bestiaux, en novembre 1944, au camp de Flossenburg, en Bavière. Là, elle est affectée dans une usine qui produit des pièces détachées pour des moteurs d’avion.

    Elle demeure dans ce camp jusqu’en avril 1945 puis elle est envoyée au camp de Theresienstadt. C’est là qu’elle est libérée par les troupes de l’Armée rouge le 8 mai 1945. Prise en charge par les Américains, elle est rapatriée en avion le 1er juin. Elle atterrit à l’aérodrome de Bron (Rhône), demeure quelques jours dans un château où elle reçoit des soins. Elle prend ensuite le train pour Paris et passe par l’hôtel Lutetia. Elle retrouve sa sœur, rentrée quelques jours plus tôt, puis son frère. Renée et Victorine élèvent ensemble leur petit frère Joseph.

    D’un mariage, elle a eu une fille, Joëlle, et un fils, Christian. Au moment de l’interview, elle avait trois petits-fils.

    L’interview a été réalisée à Paris le 28 septembre 1995. L’intervieweuse était Malka Marcovich.

  • Simon Drucker

    Language: French

    Simon Drucker décrit son passage en Palestine comme une réaction au sentiment qu’il avait éprouvé d’être indésirable lorsqu’il revint des camps de concentration chez lui en France . À travers son projet de partir combattre pour l’indépendance de la Palestine, Simon souligne l’importance de rebâtir sa vie, et il fut effectivement capable, par la suite, de revenir en France, de se marier et de vivre sa vie.

    Simon Drucker est né en 1924 à Paris (France) dans une famille juive originaire de Pologne. Ses parents, Abraham et Thérèse, ont quitté la Pologne pour la France en 1921. Simon avait un frère cadet, Isidore. Engagé volontaire dans la Légion étrangère au moment de la déclaration de guerre, Abraham est arrêté en juin 1942 et déporté dans un premier temps à Pithiviers, puis à Auschwitz d’où il ne reviendra pas.

    Le 16 juillet 1942, Simon, Thérèse et Isidore sont arrêtés au cours de la rafle du Vélodrome d’Hiver. Interné au camp de Beaune-la-Rolande, il assiste à la déportation de sa mère et de son frère, qui périront à Auschwitz. Simon est déporté à son tour et emprisonné dans une dizaine de camps de concentration et prisons entre 1942 et 1945. Avant la libération du territoire par les Alliés et la fin de la guerre, il s’échappe, et survit dans la campagne tchécoslovaque.

    En mai 1945, Simon est rapatrié à Paris. Il a perdu toute sa famille dans la Shoah. En 1948, il quitte la France pour aller combattre en faveur de l’indépendance d’Israël. Il retourne en France en 1952. A Paris, il rencontre sa femme en 1953 et l’épouse en 1954. Le couple a une fille en 1957. Au moment de l’interview, Simon était grandpère d’un petit garçon.

    L’interview a été réalisée le 21 février 1997 à Paris (France); interviewer : Philippe Stroun; vidéaste : Sylvain Kauffmann.

  • Ida Grinspan

    Language: French

    Dans cet extrait, Ida Grinspan raconte sa prise en charge par les Russes, puis par les Américains et son retour en France.

    Ida Grinspan est la fille de Chaja et Jankiel Fensterszab, tous deux originaires de Pologne. Ida est née le 19 novembre 1929 à Paris. Elle a un frère, Adolphe. Jankiel exerce la profession de tailleur, aidé par sa femme. Ida parle yiddish à la maison et suit des cours pour apprendre à écrire cette langue. La famille pratique peu la religion juive.

    Au début de la guerre, Chaja part temporairement, avec ses deux enfants, à Lié, un petit village des Deux-Sèvres proche de Niort. C’est là que, sous l’Occupation, Ida demeure, éloignée de sa famille. Vivant sous sa vraie identité, elle y décroche son certificat d’études en 1941.

    Sa mère est arrêtée lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver en juillet 1942. Elle sera déportée à Auschwitz d’où elle ne reviendra pas. Son mari et son fils échappent en revanche aux arrestations. Ida maintient le contact avec son père auquel elle envoie des colis avec l’aide d’habitants du village. Elle est finalement arrêtée à son tour dans la nuit du 30 au 31 janvier 1944. Internée au camp de Drancy, elle est déportée à Auschwitz par le convoi du 10 février 1944. Malgré ses quatorze ans, elle passe au travers des mailles de la sélection.

    Elle est versée dans divers Kommandos avant d’être affectée à l’Union Werke, une usine d’armement, en septembre 1944. Lors de l’évacuation du camp, le 18 janvier 1945, Ida marche durant plusieurs jours et nuits avant d’embarquer dans un train qui l’emmène à Ravensbrück, puis au camp de Neustadt. Elle y survit jusqu’à l’arrivée des troupes de l’Armée rouge. Prise en charge pendant un mois, elle est emmenée en camion jusqu’à Lunebourg (Basse-Saxe). Elle y subit un contrôle médical avant d’être rapatriée en France, le jour même, dans un avion canadien. À son arrivée à Paris, elle est hospitalisée. Elle retrouve son frère et prend douloureusement conscience de la disparition de ses parents (son père a été déporté par le convoi du 31 juillet 1944 à destination d’Auschwitz d’où il n’est pas revenu). Ida part ensuite pour plus d’un an, en Suisse, dans un sanatorium. Elle en revient en septembre 1946.

    Dans l’après-guerre, elle exerce le métier de couturière. Elle se marie en 1953 avec Charles Grinspan, dont la mère a été déportée. De leur union naît une fille, Sophie-Hélène. Ida Grinspan a raconté sa déportation dans un livre coécrit en 2002 avec Bertrand Poirot-Delpech, J’ai pas pleuré (Robert Laffont).

    L’interview a été réalisée à Paris le 14 juin 1995. L’intervieweuse était Hélène Levy-Wand Polak.

  • Régine Jacubert

    Language: French

    Dans cet extrait, Régine Jacubert raconte comment, après son retour en France, elle a pris le train pour rejoindre Nancy. Elle évoque son appréhension et l’indifférence des autres passagers.

    Régine Jacubert (née Skørka) est née le 24 janvier 1920 à Zagorow, Pologne. Son père, Yacob Skørka enseignait l’Hébreu et le Yiddish dans une yeshivah. Sa mère, Slatka Szejman était modiste. Elle avait trois frères. La famille est arrivée en France en 1930, s’installant à Nancy.

    Réfugiée à Bordeaux avec les siens après l’invasion allemande en 1940, Régine rentre seule à Nancy où elle travaille. Le reste de sa famille est arrêté et interné. A Nancy, Biographies des témoins elle échappe à la grande rafle du 19 juillet 1942 et passe clandestinement en zone Sud. A Lyon, où elle a trouvé un travail, elle entre dans le mouvement de résistance Combat, en janvier 1943. Arrêtée en juin 1944, elle est interrogée à la Gestapo, notamment par Klaus Barbie. Transférée à Drancy, elle est déportée à Auschwitz- Birkenau par le convoi du 31 juillet 1944. Au bout de trois mois, elle est transférée au camp de travail pour femme de Kratzau en Tchécoslovaquie. Là, elle travaille dans une usine d’armement. Le camp est libéré par l’Armée rouge le 9 mai 1945 et elle rentre en France le 3 juin 1945.

    A la fin des années 1980, elle témoigne au procès de Klaus Barbie. Elle s’investit pleinement dans le travail de mémoire et la transmission de son expérience aux des jeunes générations. En 2009, elle a publié un livre sur ses expériences pendant la Shoah, entitulé Fringale de vie contre usine à mort.

    L’interview a été réalisée le 7 février 1996 à Nancy (France); interviewer : Georges Gandwerg; vidéaste : Daniel Cattan.

  • Julien Kichelewski

    Language: French

    Dans cet extrait, Julien Kichelewski raconte son arrivée à Paris et son retour à son domicile, dans le Marais, après un passage par l’hôtel Lutetia.

    Julien Kichelewski est né le 30 septembre 1922 à Paris, d’un père polonais, Aron, et d’une mère russe, Sonia. Engagé volontaire dans l’armée française pendant la Première Guerre mondiale, Aron a été gazé durant les combats. Sa pension de guerre lui permet d’acheter une première boucherie dans le IVème arrondissement à Paris. Julien a deux frères, dont l’un meurt en bas âge, et deux sœurs. Il se souvient d’une enfance heureuse, dans le respect des traditions juives. De nombreux échos des persécutions antijuives leur parviennent en revanche de l’Allemagne nazie.

    Au moment de l’invasion allemande, la famille Kichelewski s’éloigne de Paris et s’installe à Cluis (Indre), un petit village proche de Châteauroux, où elle demeure jusqu’en juillet-août 1940. Les Kichelewski rentrent ensuite à Paris et reprennent leurs activités. Recensés en septembre 1940, ils portent l’étoile jaune en juin 1942. En juillet, Julien et son frère Marcel partent en direction du Sud-Ouest de la France et parviennent jusqu’à Pau. Ils sont rejoints par leurs sœurs. En août 1942, leurs parents sont arrêtés alors qu’ils tentent de passer à leur tour la ligne de démarcation. Ils mourront en déportation. Marcel finit quant à lui par franchir les Pyrénées afin de rejoindre la France Libre, ce qu’il parvient à faire après un passage par le camp de Miranda en Espagne. Julien demeure à Pau où il travaille chez un boucher.

    En mai 1944, Julien et ses sœurs sont arrêtés par les Allemands alors qu’ils tentent de passer la frontière espagnole. Emmenés à la Gestapo de Pau, ils sont emprisonnés dans la prison de Toulouse. Internés par la suite à la caserne Caffarelli avec d’autres juifs raflés, ils sont transférés au camp de Drancy et déportés à Auschwitz par le convoi du 30 juin 1944. Julien est séparé de ses sœurs à l’arrivée. Il est envoyé au camp de Monowitz-Buna pour travailler dans divers Kommandos. Il manque de mourir lors d’une opération d’un ulcère à l’estomac à l’infirmerie du camp. En janvier 1945, le camp est évacué à l’approche des Alliés. Julien se retrouve au camp de Gleiwitz après une marche de plusieurs jours. Il s’y cache pour ne pas partir. Déniché par les Allemands, il est tabassé mais survit au milieu des morts. Il parvient à se dissimuler au dessus du plafond d’un bloc pendant plusieurs jours. Julien voit arriver les troupes de l’Armée Rouge. Il est envoyé dans un hôpital à Czestochowa.

    Il est rapatrié par train et arrive à Paris le 21 juillet 1945. Après un passage par l’hôtel Lutetia, il retourne chez lui, dans le Marais, et retrouve ses sœurs, rentrées de Bergen-Belsen au mois d’avril précédent.

    Julien Kichelewski est décédé en 2003.

    L’interview a été réalisée à Paris le 21 mars 1996. L’intervieweuse était Malka Marcovich.

  • Simone Lagrange

    Language: French

    Dans cet extrait, Simone Lagrange raconte comment elle s’est enfuie, avec une camarade, pendant les marches de la mort, et comment toutes deux ont survécu cachées dans une cave, jusqu’à l’arrivée des Russes.

    De son nom de jeune fille Kadousche, Simone Lagrange est née le 23 octobre 1930 à Saint-Fons, à côté de Lyon. Originaires du Maroc, ses parents Simon Kadousche et Rachel ont rejoint la France aux années 1920. Au moment de la guerre, son père aide au transfert de réfugiés de la zone Nord et transporte des armes.  De son côté, Simone n’est encore qu’une jeune adolescente lorsqu’elle accomplit ses premiers actes de résistance. Elle profite des alertes aériennes, pendant lesquelles elle a en charge de guider des personnes âgées, pour diffuser des tracts de la Résistance.

    Trahie par une personne qu’elle hébergeait, la famille est arrêtée le 6 juin 1944 et emmenée à la Gestapo, place Bellecour. Ce jour-là et les suivants, alors que Simone et ses parents ont été amenés au fort de Montluc, la jeune fille est violentée par Klaus Barbie, chef de la Gestapo de la région lyonnaise, qui cherche en vain à savoir où se cachent ses frères et sœurs. Transférés à Drancy, Simone et sa mère y demeurent une semaine avant d’être déportées à Auschwitz-Birkenau par le convoi du 30 juin 1944. En trichant sur l’âge de sa fille, la mère de Simone lui permet d’échapper à la chambre à gaz à son arrivée. Elle est elle-même gazée le 23 août 1944. Après cinq mois à Birkenau, Simone est transférée au camp d’Auschwitz I. Elle travaille dans une usine jusqu’à l’évacuation du 18 janvier 1945. Au cours de la marche forcée qui suit, Simone retrouve son père qu’elle n’avait pas revu depuis Montluc. Les retrouvailles sont brutalement interrompues par un soldat SS qui exécute son père sous ses yeux. Epuisée, elle échoue au camp de Ravensbrück, quelques jours plus tard, où elle intègre un Kommando. Lors de l’évacuation du camp, en mai 1945, elle s’échappe du convoi avec une compagne d’internement. Le 8 mai, les fugitives rencontrent des soldats de l’Armée rouge avant de pénétrer dans la zone américaine à quelques dizaines de kilomètres de là. Après bien des détours, Simone finit par rentrer à Paris le 27 mai 1945.

    En 1987, elle sera un témoin majeur au procès de Klaus Barbie, accusé de crimes contre l’humanité pour son rôle dans la Gestapo pendant la guerre. Elle continue aujourd’hui de transmettre son expérience en intervenant auprès des lycéens.

    L’interview a été menée à Seyssinet le 14 octobre 1995. L’interviewer était Gérard Darcueil et le caméraman Denis Cugnod.

  • Émile Levasseur

    Language: French

    Dans cet extrait, Emile Levasseur raconte comment la vie s’est organisée avec ses frères après son retour.

    Émile Levasseur est né le 10 mars 1916 à Paris dans une famille juive originaire de Pologne. Son père, Abraham Helwaser, est maroquinier. Sa mère, Riwka (née Goldwaser) s’occupe d’Émile et de ses cinq frères et sœurs, son frère aîné, Georges, et ses quatre cadets, Eva, Madeleine, Marcel et Paul. Avant la guerre, Émile vend des journaux et exerce la profession de photographe sportif. En octobre 1936, il rejoint le 4e régiment de dragons stationné à Verdun. Au printemps 1940, il accomplit la campagne de Norvège. A la suite de l’invasion allemande, il se bat dans les Ardennes. Après la défaite française, il retourne à Paris et entreprend de vendre des légumes au marché des Halles. Sous l’Occupation, il entre dans la résistance communiste par le biais d’Albert Rigal, conseiller municipal du IVe arrondissement parisien. Ses activités consistent alors principalement à diffuser des tracts dans les boîtes aux lettres.

    En septembre 1942, Émile est arrêté en même temps que ses parents et sa sœur Madeleine. Ils sont transférés à la prison du Cherche-Midi. Après une nuit à Drancy, ils sont déportés le 28 septembre 1942 pour Auschwitz. Sélectionnés pour le camp de travail de Niederkirchen, Émile perd la trace de sa famille. Il survit de son côté à de multiples transferts dans différents camps de concentration tels que Mittelbau-Dora, Blechhammer et finalement Buchenwald où il est libéré par l’armée américaine en avril 1945. Ses parents et sa sœur n’ont pas survécu à la déportation.

    Après la libération, Émile retrouve ses deux jeunes frères, Marcel and Paul, à Paris. De son union avec Violette Hérin naît son fils Philippe, en 1953. Divorcé, Émile se remarie en 1995 avec Evelyne Zemmour. Au moment de l’interview, il est le grand-père de trois petites filles.

    L’interview a été réalisée le 5 mars 1996 à Paris. L’interviewer était Denise Similovici et le caméraman Gilmer Pozo.

  • Sarah Montard

    Language: French

    Dans cet extrait, Sarah Montard relate son retour en France et décrit les contrôles sanitaires qu’elle a subis.

    Sarah Montard (née Lichtsztejn) est née à Dantzig (ville libre sous la protection de la Société des Nations) le 16 mars 1928. Son père Moïse est un homme de lettres. Sa mère Maria est couturière. La famille émigre en France en 1930 et s’installe à Paris. Au début de la guerre, après une courte évacuation en Normandie, Sarah fait sa rentrée au lycée. En janvier 1940, elle est envoyée dans une colonie de l’Œuvre de secours à l’enfance (OSE) sur la côte d’Azur, à Boulouris-sur-Mer. Elle ne rentre à Paris qu’après la défaite française et reprend le lycée à l’automne 1940.

    La famille se fait recenser en octobre 1940. Arrêté à l’été 1941, son père est envoyé au camp de Pithiviers mais s’en évade au mois de septembre. Il vit dès lors à Paris, dans un immeuble du XXe arrondissement, sous un faux nom. Sarah est arrêtée avec sa mère le 16 juillet 1942 lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver. Les deux femmes s’échappent toutefois du vélodrome et poursuivent leur vie à Paris sous de fausses identités. Arrêtées une nouvelle fois le 24 mai 1944, elles sont déportées le 30 mai à Auschwitz-Birkenau après un bref passage à Drancy. Mises en quarantaine, elles sont ensuite versées dans des kommandos où elles effectuent des travaux de force. Séparées en octobre, elle ne se retrouvent que dans la Marche de la mort qui suit l’évacuation d’Auschwitz en janvier 1945. Menées à Gleiwitz, elles rejoignent Buchenwald puis le camp de Bergen-Belsen. Libérées par l’armée britannique le 15 avril 1945, elles sont ensuite rapatriées en France et entrent en Gare du Nord le 24 mai 1945.

    Dans l’après-guerre, Sarah termine ses études puis entre à l’agence Reuter. Elle se marie en 1952 et donne naissance à deux enfants ; au moment de l’interview, elle a trois petits enfants.  Elle travaille au Muséum national d’Histoire naturelle et se trouve rattachée au CNRS où elle travaille jusqu’en 1983. Depuis 1983 – année de la mort de sa mère –, Sarah est très investie dans la transmission de son expérience, notamment par ses interventions en milieu scolaire.

    Sarah Montard vient de faire paraître un ouvrage où elle raconte son expérience (Chassez les papillons noirs, Paris, Le Manuscrit, 2012).

    L’interview a été réalisée à Le Tremblay-sur-Mauldre le 5 novembre 1996. L’intervieweuse était Charlotte Rab.

  • Éliane Picard

    Language: French

    Dans cet extrait, Éliane Picard évoque la difficulté qu’elle a éprouvée, pendant longtemps, à raconter son expérience. Elle parle aussi du sentiment de haine qui l’a aidé à tenir durant sa déportation.

    Éliane Picard, née Lévy, voit le jour le 19 octobre 1924 à Ensisheim (Haut-Rhin), dans une famille juive alsacienne. Elle a trois sœurs et deux frères. Son père est médecin ; sa mère n’exerce pas de profession. Juifs libéraux, les Lévy ne pratiquent pas véritablement la religion.

    Lorsque la guerre éclate, les enfants sont envoyés à Fécamp où ils demeurent jusqu’en mai 1940. Ils prennent ensuite le chemin de Toulouse et sont rejoints par leurs parents en novembre 1940. Dans cette ville, Éliane suit une école de commerce jusqu’au mois d’octobre 1941. Fin 1942, l’un de ses frères franchit la frontière franco-espagnole. Il s’installera par la suite aux États-Unis où il deviendra instructeur.

    Éliane se livre à des activités de résistance. Elle effectue quelques voyages pour transporter de l’argent à Grenoble. Le 5 mai 1944, la Gestapo débarque chez les Lévy. Le plus jeune frère d’Éliane peut se sauver. Il demeurera caché à la campagne chez des paysans jusqu’à la Libération. Les Lévy sont emmenés à la prison Saint-Michel de Toulouse où ils séjournent du 5 mai au 11 mai 1944. Transférés à Drancy, ils sont déportés à destination d’Auschwitz par le convoi du 20 mai 1944.

    Après un passage par le camp de quarantaine, Éliane est affectée dans divers Kommandos et travaille à la Biberei, un atelier de tissage où l’on fabrique des sangles et des courroies de parachutes. Elle est envoyée au camp de Bergen-Belsen en décembre 1944 puis transférée dans un Kommando en Saxe. Elle est finalement évacuée le 14 avril 1945 vers le camp de Mauthausen. Là, le 5 mai au matin, elle découvre que les gardes SS ont disparu. Elle quitte le camp et rencontre les troupes américaines dans un village voisin. Prise en charge du 5 au 15 mai, elle est ensuite rapatriée et arrive à Paris le 21 mai. Il lui faudra un an pour recouvrer la santé.

    Éliane Picard s’est mariée en 1947 et a eu deux fils. Elle est décédée en 2012.

    L’interview a été réalisée à Paris le 11 mars 1996. L’intervieweuse était Lucie Caries.

  • Chana Rosenberg

    Language: French

    Dans cet extrait, Chana Rosenberg relate sa libération et sa rencontre avec les soldats russes.

    Chana Rosenberg est née en 1930 à Szydlowiec (Pologne). Pendant la guerre, elle est internée dans divers camps. Séparée du reste de sa famille, elle parvient à demeurer aux côtés de sa mère avec laquelle elle est transférée à Auschwitz puis à Ravensbrück et à Malchow. Après la guerre, les deux femmes retrouvent le père et un des frères de Chana. La famille part s’installer à Lyon (France). Après avoir travailler dans une entreprise familiale de prêt-à-porter, Chana devient thérapeute.

    L’interview a été réalisée le 12 octobre 1995 à Paris. L’interviewer était Laurent Aknin.

  • Jean-Louis Steinberg

    Language: French

    Dans cet extrait, Jean-Louis Steinberg raconte la difficulté de parler de son expérience de déportés dans la France d’après-guerre.

    Jean-Louis Steinberg est né le 7 juin 1922 à Paris. Ses parents, Germain et Germaine (née XX), étaient commerçants, et ils avaient deux autres fils, Claude et Michel. À partir de 1936, Jean-Louis découvre le camping avec les Auberges de jeunesse. Il campe à Annecy au moment de la déclaration de guerre et rejoint Paris avant de  vite repartir avec sa famille en Touraine. Après un court séjour en Touraine où elle s’est réfugiée, la famille Steinberg rentre à Paris.

    Sous l’Occupation, Jean-Louis poursuit ses études universitaires tout en se livrant, à partir de 1941, à des activités de propagande pour le parti communiste clandestin. En 1943, il passe une thèse de docteur ingénieur et travaille dans le laboratoire d’Yves Rocard. En juin 1944, il est arrêté avec ses parents et l’un de ses frères à son domicile. Son plus jeune frère, alors caché dans une ferme en Normandie, échappe à la rafle. Emmenés à Drancy, les Steinberg sont déportés quelques jours plus tard à Auschwitz-Birkenau. Germaine, sa mère, est gazée à l’arrivée alors que Jean-Louis est affecté, avec son père et son frère, au camp de Monowitz-Buna (Auschwitz III) où ils effectuent au sein de Kommandos des travaux de terrassement. Son père et son frère ne survivent pas à la dureté des conditions d’existence.

    Le 18 janvier 1945, le camp est évacué et Jean-Louis participe à une marche forcée qui le mène au camp de Buchenwald. Dans un état de santé précaire, il est admis à l’hôpital du camp où il demeure jusqu’à la libération du camp par les forces armées américaines. Rapatrié en France par avion, il s’installe à Paris.

    Jean-Louis récupère l’appartement de la famille et retrouve son jeune frère qui a survécu aux événements. Il renoue également avec Madeleine, une amie britannique d’avant-guerre, internée au camp de Vittel pendant la guerre, avec qui il s’établit et se marie. Il débute une carrière scientifique sous la direction d’Yves Rocard et effectue une thèse dans le domaine de la radio astronomie. Plus tard, Jean-Louis Steinberg et sa femme participent activement à la transmission de leurs expériences aux jeunes générations.

    L’interview a été menée à Paris le 31 octobre 1995. L’interviewer était Raphaël Lewandowski et le caméraman Mark Niedelson.

  • Roger Trugnan

    Language: French

    Dans cet extrait, Roger Trugnan raconte l’arrivée des forces américaines dans le camp où il était interné et son rapatriement en France. Il retrouve sa tante, qui lui apprend la disparition des siens.

    Roger Trugnan est né le 18 avril 1923 à Paris (France) dans une famille juive. Son père, Henri Trugnan, est un ébéniste originaire de Balta (Empire russe, aujourd’hui Moldavie), membre de la Confédération générale du Travail (CGT) et du parti communiste. Sa mère, Hélène Trugnan (née Cerman), est modiste. Roger a également une sœur, Germaine. Sous l’Occupation, grâce aux relations de son père, Roger participe aux activités de résistance de la Main d’œuvre immigrée (MOI). Il vit sous une fausse identité jusqu’au mois de mars 1943 quand il est arrêté, avec d’autres camarades résistants, par la police française. Certain de son exécution imminente en tant que membre de la résistance communiste, il révèle son identité juive ; il est alors transféré au camp de Drancy. Il est par la suite déporté à Auschwitz-Birkenau et envoyé au sous camp de Jawischowitz. Lors de l’évacuation du camp, le 18 janvier 1945, Roger participe à la marche de la mort qui le mène à Buchenwald. Le 11 avril 1945, il y est libéré par les troupes américaines.

    A son retour à Paris, Roger découvre que sa famille a été décimée. Il se marie en 1947 avec Annette Kirman. Le couple donne naissance à un enfant, Germain. Au moment de l’interview, il a quatre petits-enfants. 

    L’interview a été menée à Paris le 16 juillet 1996. L’interviewer était Véronique Singer et le caméraman Annie Walther.

  • Simone Veil

    Language: French

    Dans cet extrait, Simone Veil parle de l’épuisement psychique et physique des déportés au moment de leur libération. Elle explique comment elle en prit conscience véritablement à travers les yeux des libérateurs anglais du camp de Bergen-Belsen.

    Née Jacob, Simone Veil a vu le jour à Nice le 13 juillet 1927. Son père, André Veil, est architecte. Il épouse Yvonne Steinmetz en 1922. Simone a deux sœurs, Denise et Madeleine, et un frère Jean. Membre des Éclaireurs israélites de France, elle a conscience d’être juive, sans que ses parents n’entretiennent de liens particuliers à la religion.

    Au moment de la déclaration de guerre de l’Italie à la France, les Jacob rejoignent temporairement de la famille à Carcassonne, avant de se réinstaller à nouveau à Nice où Simone poursuit sa scolarité au lycée. À partir de septembre 1943, la situation se durcit quand l’occupation allemande se substitue à l’occupation italienne.

    Denise, qui participait à un camp d’éclaireuses, décide de ne pas rentrer à Nice et rejoint la Résistance à Lyon. Elle sera arrêtée l’année suivante et déportée au camp de Ravensbrück, d’où elle reviendra. Face au danger, Simone cesse de se rendre au lycée et emménage par sécurité chez son professeur de Lettres classique. Sa sœur Madeleine est placée chez des voisins. Ses parents et son frère s’installent chez un collègue de son père. Ce dernier a pu procurer de fausses cartes d’identité, sans le tampon « Juif », à toute la famille.

    En mars 1944, à la suite d’un contrôle d’identité les Jacob sont arrêtés. Retenus pendant près d’une semaine à l’Hôtel Excelsior de Nice, quartier général allemand, les Jacob sont transférés par la suite au camp de Drancy. Simone est déportée avec sa mère et sa sœur par le convoi du 13 avril 1944 à destination d’Auschwitz. Son frère et son père sont déportés par le convoi du 15 mai 1944 en direction de la Lituanie, où ils disparaissent.

    Arrivées le 15 avril à Auschwitz, Yvonne Jacob et ses deux filles sont placées en quarantaine avant d’être affectées dans un Kommando. Elles sont par la suite transférées au camp de Bobrek, à quelques kilomètres de Birkenau, et travaillent dans une usine.

    En janvier 1945 survient l’évacuation du camp. La marche de la mort les mène au camp de Gleiwitz. Elles rejoignent ensuite le camp de Bergen-Belsen où sévit une épouvantable épidémie de typhus et dont Yvonne Jacob décède à la veille de la libération du camp par les forces Britanniques, le 15 avril 1945.

    Avec sa sœur, Simone rejoint la frontière française en camion avant de prendre le train pour Paris où elles arrivent le 23 mai.

    Au lendemain de la guerre, Simone poursuit des études de droit. Elle épouse Antoine Veil en 1946. D’abord avocate, elle entre par la suite dans la magistrature. Elle devient ministre de la Santé en mai 1974 et fait adopter la « loi Veil », en janvier 1975, qui dépénalise le recours à l’interruption volontaire de grosses (IVG). De 1979 à 1982, elle préside le Parlement européen. Elle devient ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville en mars 1993. Elle siège au Conseil constitutionnel de 1998 à 2007. Elle est élue à l’Académie française le 20 novembre 2008.

    Simone Veil a publié ses mémoires dans un ouvrage intitulé Une Vie (Stock, 2007). Elle raconte son parcours pendant la guerre dans Une jeunesse au temps de la Shoah (Le Livre de Poche, 2010).

    L’interview a été réalisée à Paris le 7 mars 1997. L’intervieweuse était Malka Marcovich et le caméraman Philippe Auliac.

  • Robert Wajcman

    Language: French

    Dans cet extrait, Robert Wajcman raconte son rapatriement en France et sa prise en charge à l’hôpital Bichat, alors qu’il se trouve dans un état désespéré.

    Robert Wajcman est né le 8 mai 1930 à Paris, dans le XIIème arrondissement. Robert et son frère Jacques, né en 1934, grandissent dans un environnement modeste. Leur père, Moishe/Maurice, d’origine polonaise, est brocanteur et leur mère, Jeannette, tient un magasin d’antiquité.

    Pendant la Drôle de guerre, Robert est évacué en Touraine et poursuit sa scolarité à Chenonceau. C’est là qu’il voit arriver les troupes allemandes en 1940. Après la défaite française, il retourne à Paris où il reprend le cours de sa scolarité jusqu’en 1942. Les boutiques de ses parents sont touchées par l’aryanisation économique. La famille s’installe avec d’autres proches dans une maison à Masseret, en Corrèze. Robert fréquente l’école locale et la famille vit normalement, jusqu’à ce que le maire de la commune, inquiet de l’activité des troupes d’occupation, leur demande de quitter les lieux. Les Wajcman se rendent à Lyon en mars 1944 où des amis leur trouvent un appartement. Robert passe son certificat d’études le 17 mai.

    Le 24 mai, alors que Robert s’apprête à quitter Lyon avec son père, une voiture de la Gestapo les intercepte. Jeannette Wajcman est arrêtée à son domicile. Quant à Jacques, alors chez une amie, il échappe à l’arrestation. Robert et son père sont enfermés au Fort de Montluc. L’évasion d’un prisonnier entraîne l’exécution pour l’exemple de quelques internés, dont Maurice Wajcman, le 3 juin 1944.

    Robert Wajcman est transféré au camp de Drancy où il arrive le 25 juin. Là, il retrouve sa mère, avec laquelle il est déporté le 30 juin. Arrivé à Auschwitz, il échappe à la chambre à gaz en mentant sur son âge. Il est affecté dans un Kommando, à Monowitz, avec des camarades de Montluc. À plusieurs reprises, il bénéficie de la protection du professeur Robert Waitz, qui lui permet de reprendre quelques forces à l’hôpital du camp qu’il dirige.

    Le camp est évacué le 18 janvier 1945. La colonne de prisonniers prend le chemin du camp de Gleiwitz. Là, chargés dans des wagons, les internés sont envoyés au camp de Buchenwald. Robert est affecté dans un Kommando de jardiniers. Au bout de quelques semaines, il est évacué une nouvelle fois vers le camp de Theresienstadt où il parvient au moment de l’armistice. Soigné par des soldats russes, il est transféré dans la zone américaine et rapatrié en France fin juin 1945. Après un atterrissage à Villacoublay, il est emmené à l’hôpital Bichat où l’on doute de ses chances de survie.

    Il retrouve sa mère, rentrée de sa déportation avant lui. Sa santé s’améliore progressivement. Après sa convalescence, il prépare le concours de l’école Boulle mais échoue. Avec sa mère, il décide de reprendre l’affaire de son père. Il poursuit l’activité d’antiquaire jusqu’à l’époque la plus récente.

    Robert Wajcman et sa femme Raymonde ont eu trois enfants, Fabien, Sylvie et Marielle. Au moment de l’interview, le couple avait quatre petits-enfants.

    L’interview a été réalisée à Clichy le 7 mars 1997. L’intervieweuse était Hélène Levy-Wand Polak et le caméraman Sylvain Kauffmann.

  • Georges Weinberger

    Language: French

    Dans cet extrait, Georges Weinberger raconte comment, après son retour à Paris, il a malencontreusement  voulu rassurer une famille sur le retour prochain d’un de ses membres.

    Georges Weinberger est le fils d’Ella et d’Erno Weinberger, tous deux juifs hongrois immigrés en France dans les années 1920. Il naît le 11 décembre 1927 à Paris et grandit sur l’Île de la Cité. Il fréquente l’école communale de la place des Hospitalières-Saint-Gervais (IVème arrondissement). Son père est serveur dans un restaurant et sa mère ne travaille pas. Georges Weinberger se souvient d’une enfance heureuse, toutefois assombrie par la mort en bas âge d’un petit frère. Au-delà de quelques fêtes, la famille n’a pas de véritables liens à la religion. Ella et Erno Weinberger parlent hongrois à la maison et Georges les aide en Français.

    Au moment de la guerre, Erno se porte volontaire dans l’armée française. Il est fait prisonnier lors de la campagne de France. Sous l’Occupation, Georges aide sa mère en travaillant chez un couturier. Après son retour du Stalag, son père se remet à travailler. Arrêté, il passe six mois au camp de Drancy avant d’être libéré.

    Un jour de novembre 1943, les policiers viennent pour l’arrêter. Georges, naturalisé français à sa naissance, réussit à se faire passer pour son père : les policiers l’embarquent avec sa mère, abandonnant sur place son père, pris pour un ami. Georges et Ella sont envoyés au camp de Drancy et déportés à Auschwitz par le convoi du 17 décembre 1943. À l’arrivée, Georges est séparé de sa mère qu’il ne reverra plus jamais. Il est transféré au camp de Monowitz-Buna où il intègre un Kommando de terrassiers. Un Kapo lui permet un jour de travailler à l’intérieur d’un bâtiment, rendant ainsi sa survie quotidienne un peu moins difficile.

    Au moment de l’évacuation d’Auschwitz, Georges Weinberger participe à la marche de la mort qui le mène au camp de Gleiwitz. Chargé alors dans un wagon, il est envoyé au camp de Buchenwald puis à celui de Dachau, qu’il atteint après un voyage en train de trois semaines. C’est là que, malade du typhus, il est libéré par l’armée américaine. Il est rapatrié en France en juillet 1945.

    Monique et Georges Weinberger se sont mariés en 1971. Ils se sont installés en Corse.

    L’interview a été réalisée à Paris le 14 octobre 1996. L’intervieweuse était Denise Smilovici.

L’édition 2014-2015 du Concours national de la Résistance et de la Déportation propose aux élèves des collèges et lycées de travailler sur le thème suivant : « La libération des camps nazis, le retour des déportés et la découverte de l'univers concentrationnaire ». Afin de nourrir la réflexion des candidats et les aider à mettre en oeuvre leurs projets, nous proposons cette série de témoignages. Elle ne prétend pas couvrir l’ensemble des problématiques soulevées par le thème du concours mais elle offre des éclairages sur divers aspects du sujets tels les premiers contacts avec les troupes alliées, le rapatriement, les aléas du retour et les premières confrontations à la difficulté de témoigner.

Ces extraits peuvent être librement exploités dans le cadre de projets audiovisuels. Chacun d’entre eux est accompagné d'un court descriptif et d’une biographie permettant de resituer le récit dans le parcours global du témoin.

Pour en savoir plus sur l'édition 2015 du CNRD, rendez-vous sur la page du ministère de l'Education nationale : http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=79102